Mardi 15 mai 2012 2 15 /05 /Mai /2012 22:54

Le bateau va couler.

Il est composé, en son cœur, de 16 compartiments étanches.

Comme les 4 précédents, le 5ème compartiment vient d’être inondé.

Or, quand le capitaine a fait venir le constructeur du paquebot dans sa cabine et qu’il lui a demandé son analyse de la situation, celui ci a été catégorique : « tout dépend du 5ème SAS, s’il cède, nous coulons ».

A l’intérieur, l’information circule mal.

Toutes sortes de rumeurs commencent à se propager.

Les responsables d’étages font le tour des cabines et invitent les passagers à se rendre sur le pont.

Ils parlent d’un exercice d’évacuation.

Pourtant, certains signes ne trompent pas.

Miss Elisabeth Dowdell, immobile dans son bain, voit l’eau pencher vers le bout de sa baignoire.

Elle ne connaît pas grand chose à la physique, mais elle a retenu que la surface de l’eau reste toujours parallèle au sol.

C’est donc le bateau qui s'incline vers l’avant.

Elisabeth est une nurse.

Elle s’occupe d’une petite fille de 6 ans et demi, Virginie.

La maman de l'enfant , Mrs Estelle Emanuel, est une chanteuse d’opéra.

Elle est malade, gravement.

Mais elle souhaite rester en Angleterre pour honorer jusqu’au bout son dernier contrat.

Elle chantera tant qu’elle en aura la force.

La maman sait qu'elle va mourir et elle ne veut pas que sa fille soit là quand ça arrivera.

D’un commun accord avec le père, elle a donc décidé de confier la garde de sa fille à ses grands parents, Mrs.et Mr.Wheil, qui vivent dans le quartier de Manhattan, à New York.

Et, tout naturellement, c’est Elisabeth, la nurse, qui a été chargée de l'accompagner pour cette traversée de l’Atlantique …

 

Assis devant ma télévision, je regarde ce documentaire.

J'essaie de concevoir l'inconcevable :

Comment dit-on adieu à son enfant ?

Quels gestes, quels mots a prononcé la mère avant que sa fille monte dans le train qui allait la conduire jusqu’à Southampton où Elisabeth et elle embarqueraient ?

J’imagine l’étreinte, forte, très forte.

Un « je t’aime » répété inlassablement.

Et le fol espoir que tout ce concentré d’amour, dit en quelques secondes, ne quittera jamais Virginie, qu’il s’imprimera dans sa mémoire, son inconscient comme une source inépuisable vers laquelle elle pourra revenir tout au long de sa vie, pour s’y désaltérer.

 

Sur le paquebot, il fait de plus en plus froid.

L’eau glaciale, tel un virus sournois, envahit la moindre veine d’acier du mastodonte.

Elisabeth n’a pas d’autre choix: Il faut réveiller la petite ! …

En voyant, en gros plan, l’enfant qui dort, je pense immédiatement à la mienne.

Et lorsqu’Elisabeth quitte sa cabine, un peu affolée, en tenant la petite à la main, à la recherche d’un accès aux ponts supérieurs, je me surprends à ressentir l’angoisse qu’elle doit éprouver à cet instant-là.

Dans les couloirs, c’est la cohue, les cris, la panique.

Le ventre du paquebot est un labyrinthe où tous les longs couloirs se ressemblent et il est compliqué d’y retrouver son chemin.

Tout à coup, la camera montre Elisabeth désemparée, immobile, au milieu de la foule incontrôlable.

Virginie ne lui tient plus la main.

Elle a disparu.

Je me redresse sur mon canapé.

Coup de poing dans mon ventre !

Elizabeth, affolée, demande autour d’elle si quelqu’un a vu une petite fille, mais la marée humaine continue de progresser, personne n’a le temps de se retourner ni de lui répondre.

La foule aperçoit soudain un escalier et s’y presse dans l’espoir de grimper d’un étage.

Elisabeth la suit en criant le nom de Virginie.

 

Alors qu’elle s’engage pour atteindre la première marche, un homme ferme violemment une grille devant elle.

Devant l’incrédulité et la rage d’Elisabeth, il se contente de lui dire de se calmer, qu’il faut réguler la foule, que l’on viendra la chercher...

Elle donne la description de sa fille mais l’homme ne réagit pas.

Ceux qui n’ont pas pu franchir la grille partent à la recherche d’une autre issue.

Elisabeth ne sait plus quoi faire.

Elle tente de revenir en arrière.

Dans les couloirs désormais déserts, le silence cohabite avec le bruit  métallique de la pression de l’eau.

Elisabeth erre, hagarde, et j’ai mal pour elle, j’ai mal avec elle.

Maintenant, c’est moi qui suis dans ce couloir, perdu, désemparé.

Quand Elisabeth finit par trouver une issue où la grille n’avait pas été fermée, je cours, à ses côtés, enjambant trois marches à la fois pour arriver plus vite sur le pont où « les femmes et les enfants d’abord » se pressent dans les canots de sauvetage pas assez nombreux.

Depuis le pont du paquebot, elle aperçoit, dans l’un des canots  qui descendent vers la mer, sa petite Virginie, bien vivante.

Comme il est trop dangereux de remonter le canot surchargé, on lui propose de sauter depuis le pont, ce qu’elle fait.

 

Devant ma télévision, je prends soudain conscience de mes émotions.

Ce documentaire, suivi au départ sans grande conviction, a su toucher mon cœur de papa.

Cette peur panique, ce « ouf » de soulagement final, toutes ces émotions, je les partage.

Ce sont celles qui naissent aussi au plus profond de mon ventre, lorsqu'il s'agit de mon enfant.

C'est la bouffée d’amour qui me saisit soudain et paralyse mon regard quand je l’observe parfois en train de jouer, de parler, de dormir.

C'est la douleur inquiète quand je pense à demain et joue à me faire peur.

Quand des questions coupantes comme des lames pleuvent à l'intérieur de mon crâne.

C'est un instinct, une force, qui, je le sens, me donneraient le courage nécessaire de me battre contre le monde entier, pour elle, s’il le fallait.

 

J’ai aimé cette histoire qui finit bien, au milieu d’une autre, plus grande, qui finit mal.

Miss Elisabeth Dowdell est finalement arrivée à New-York.

Elle a accompli sa mission : Virginie a été confiée à ses grands parents.

Mrs Estelle Emmanuel a du être bouleversée en apprenant le naufrage.

A-t-elle saisi son ventre, lourd de douleur, ou a-t-elle eu de suite la certitude que son enfant allait survivre ?

Je ne le sais pas.

J’ai juste envie de croire qu’en apprenant le sauvetage de sa fille, elle a trouvé la force de terminer sa tournée et qu’elle lui a dédié ses derniers éclats de voix.

 

Alexandre LABORIE

Toulouse, mai 2012

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Jeudi 3 mai 2012 4 03 /05 /Mai /2012 19:36

Philippe LATGER est un homme pétri de chair et de terres.

Celle de sa ville mère, en Catalogne, véritable phare bienveillant, et de toutes celles qu'il parcourt au gré de ses rencontres et des hasards de la vie.

Une vie qu'il regarde en face, dans sa diversité.

Les coups de cœur comme les coups au cœur.

Par l'écriture, cet authentique amoureux nous dit que certains sentiments ne meurent jamais.

Qu'ils sont liés aux accents, aux odeurs et couleurs des lieux dans lesquels nous les éprouvons.

Comme en écho à ses mots, se déploie l'oeuvre du peintre catalan Robert SANYAS qui se nourrit aussi de la matière, faisant de chaque toile le cadre d'une rencontre particulière.

De ce même pays, violent, de lumière, de pierre et de sang, les deux artisans se répondent, échangeant ces précieux éclats de vie, à l'état brut, livrés ici en partage.

Alexandre Laborie

 

Pour commander l'ouvrage : EDITIONS SOC ET FOC

 

 

 

 

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Mardi 3 avril 2012 2 03 /04 /Avr /2012 18:52
Au minimum (Alexandre LABORIE / Kentin JIVEK) by Alexandre Laborie
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Vendredi 24 février 2012 5 24 /02 /Fév /2012 00:02

Je me couche à l'instant et mes bras te cherchent.

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Jeudi 2 février 2012 4 02 /02 /Fév /2012 21:23

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Dimanche 29 janvier 2012 7 29 /01 /Jan /2012 20:58

Barcelone (Textes par Alexandre Laborie & Musique et chant: Kentin Jivek)

 

 

Barcelone by Alexandre Laborie et Kentin Jivek

 

 

Pour découvrir l'univers de Kentin Jivek, quelques liens:

 


http://www.kentinjivek.com

 

 

 

 

http://soundcloud.com/kentin-jivek

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Samedi 21 janvier 2012 6 21 /01 /Jan /2012 22:43

Tu dis des mots plus grands que toi,
Tu me défies, tu m’interpelles,
Je suis prisonnier chaque fois
Que tu me provoques en duel.
 
Tu joues sur le temps, sur l’espace
Tu sembles leur dicter ta loi
Avec ta force et ton audace,
Tu ferais vaciller des rois
 
Tu cours, tu voles autour du monde
Sonné, je te regarde, assis,
Inventer, en quelques secondes,
Une langue, un autre pays.

Avec ta couverture bleue,
Tu te fabriques un océan.
Je te regarde dans les yeux.
J’embarque avec toi un moment.

Soudain, tu deviens la musique.
Ton cœur bat fort, sur ce tempo.
Tu joues une danse excentrique.
J’entends des milliers de bravos.

Moi je suis comme ta toupie.
Je tourne, tourne, ensorcelé,
Je me nourris aux utopies
Que tu m’offres, pour m’évader.

Quand vient la nuit, à ton oreille,
Je te dis combien je suis fier
Je te regarde et je te veille.
Un bisou, j’éteins la lumière.

J’emporte ta respiration.
Je l’adopte pour m’endormir.
Pour un temps s’en vont mes démons,
Sur ma bouche y a même un sourire.

Il faut se lever, je te dis :
« C’est le matin, ouvre tes yeux »
Tu ne veux pas et me supplies :
« Laisse-moi faire un rêve ou deux »

Laisse- moi faire un rêve ou deux…

Alexandre LABORIE
Toulouse, janvier 2012

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Samedi 17 décembre 2011 6 17 /12 /Déc /2011 23:53
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Dimanche 4 décembre 2011 7 04 /12 /Déc /2011 19:03

 

Au minimum,

On passera du bon temps

On agira comme des hommes

Qui savent bien que rien ne dure vraiment

Au minimum

On ne s’enfuira pas, au moindre doute, à la moindre anicroche

On ne se fera pas les poches.

On essaiera de trouver de nouveaux lieux où il fait bon s’aimer

On ne sera pas deux cons dans un aquarium.

 

Au minimum

J’inventerai sans problème

Le jour, la nuit, ad libitum

Mille façons de te dire que je t’aime.

A Paris, Londres ou bien Rome, je serai fier de te tenir la main

En ignorant les regards en coin.

Au minimum,

On nous prendra pour des fous,

Toujours rêveurs, nous n’aurons pas peur de nous,

On ne sera pas deux cons frileux au cœur trop économe.

 

Au minimum,

On osera la confiance

Pas besoin d’ultimatum

Pour se parler, éviter la méfiance.

Nous ne serons pas des copies conformes,

Chacun son monde avec une même envie : se rendre heureux quand on est réunis.

Au minimum,

On saura se surprendre,

Sans se lasser, continuer à s'apprendre,

On ne sera pas deux cons que l'habitude assomme.

 

Au minimum,

Si l'horizon devient myope,

Sûr...ça sera pour ma pomme,

Le jour où l'un de nous deux dira "stop"

Il restera, dans l'album des souvenirs, quelques photos de toi

Au minimum, je me dirai: c'est déjà ça...

On pourra se revoir comme deux bons amis qui ont de la mémoire

Au minimum, je ne serai pour toi, peut être, qu'un pauvre naïf...

Au minimum...

 

 

Alexandre LABORIE

Décembre 2011 à Toulouse

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Dimanche 13 novembre 2011 7 13 /11 /Nov /2011 19:03

Cela m’a pris comme ça, en quelques secondes, au milieu de la nuit.

L’envie de  retourner là-bas.

La même pulsion m'avait saisi, quelques années plus tôt, lorsque j’avais décidé de rejoindre mes grands-parents, sans les prévenir, pourleur faire la surprise.

Je m’étais levé au milieu de la nuit et comme je me sentais en forme, j’avais pris la voiture et j'étais parti.

L’autoroute, la sortie à Langon, puis le défilé des pins avait commencé.

J’avais retrouvé ces landes girondines que j’aime tant et m'étais arrêté quelques minutes dans la forêt pour respirer cet air de fougères qui sent la mer.

Mes chaussures étaient mouillées par la rosée.

Celle-là même qui restait sur mes lèvres, avec un peu de sève et de sable, après que j'aie embrassé une pomme de pin.

J’ai besoin de toucher la nature,  pour m'assurer que toute cette beauté est bien réelle : je serre les arbres contre moi, je caresse les fleurs et je dis, sous l’eau, au revoir à la mer chaque fois que je la quitte…

Ce fut ensuite l’arrivée, au tout petit matin, chez mes grands-parents.

J’étais au portail du jardin, les grands volets verts étaient encore fermés.

Mémé est arrivée dans sa robe de chambre bleu-clair.

Plus elle s’approchait, plus je lisais l’incrédulité dans son regard :

« c’est toi mon titou, mais qu’est-ce que tu fais là ? que se passe-t-il ? ça va ? »

Mémé…

C’est à elle que j’ai pensé à 3h du matin, ce jeudi d’octobre, quand j’ai « rechuté » et que l’envie de partir m’a saisi de nouveau.

Il a suffi d’une émission à la télévision consacrée à l’Aveyron.

Cette fois-ci, personne ne m’attendrait au bout de ma route.

Mais tu m’accompagnais, ma fille, à chaque seconde, car c’est vers la terre où tu es née que j’avais décidé de m’échapper.

Il y avait tout ce que j’aime dans ce genre de départ nocturne, sur un coup de tête : le froid dans la voiture, comme surprise que l’on vienne la déranger à cette heure inhabituelle, le silence dehors, la rocade toulousaine privatisée, les rares automobiles que l’on croise, en se demandant pourquoi leurs occupants sont eux aussi sur la route en pleine nuit,  ces inscriptions sur les camions étrangers qui vous font voyager, les notes de musique dans l’habitacle, l’odeur du café et les regards encore endormis des premiers clients de ce bar de village où je m'arrêtai quelques heures après le départ.

 

Et voilà. J'y suis ...

Sur la route d'Espalion, j'assiste, tout heureux, aux premiers frémissements de l'aube.

J’ouvre la fenêtre, la fraîcheur envahit la voiture.

J'aspire à pleins poumons ce premier souffle d'air pur.
Une brume légère, telle  l'haleine de la terre, flotte au ras des champs.

Voici enfin Aubrac.

Je gare la voiture et aussitôt je l’oublie.

J’éteins mon téléphone.

Je retrouve la grande façade en basalte et granit de l’hôtel de la Dômerie.

Une chambre est disponible.

J’y dépose mon sac et me change.

Quelques minutes après, alors que les premiers volets du village commencent à s’ouvrir, je suis déjà sur un chemin de terre et j’avance d’un pas rapide, le visage saisi par le froid, un peu hagard, mais émerveillé par la grâce de cequi m’entoure : ces champs à perte de vue, ce désert infini d’où émergent parfois, tels de timides ruisseaux, ces petites murailles de pierre qui zèbrent délicatement l’horizon.

Le vent est libre, la nature est reine.

De loin,  je devine un abri de pierre et, sentant la fatigue arriver, je me promets de m'y reposer.

Là, recroquevillé en position fœtale,  je me tourne vers le soleil pour en capter les premiers rayons.

En attendant que vienne le sommeil, je repense à cette terre où nous avons passé ensemble quelques années, les toutes premières de ta vie.

Des images désordonnées me reviennent en mémoire.

Le passage du mazel, à Rodez, où le  fromager, cet homme grand, avec sa blouse blanche, te  faisait déguster tes premiers laguiole.

Les jours de marché, l’hiver, sur la place de la cathédrale, ton petit visage emmitouflé dans ton bonnet, saoulé par ce mélange improbable de café, de châtaignes grillés, d’aligot, de fouace et de charcuterie qui venait chatouiller tes narines en éveil.

« La maison du livre », ta première maison du livre, celle où Laetitia, la libraire passionnée, t’avait fait découvrir « la fée coquillette » qui réalise les vœux des animaux.

La neige et la tempête à Baraqueville, les longues journées à rester au chaud, à jouer, à faire la sieste.

Et puis ce soir de mai.

Le trajet avec ta maman. La musique dans la voiture, comme toujours. La première rencontre avec toi. Le jour de ta naissance…

Je revois aussi cet après -midi de printemps, quelques années plus tard.

Toi, juchée sur mes épaules,  tandis que nous attendions, dans un champ, l’arrivée des vaches d’Aubrac qui venaient rejoindre leur montagne pour profiter des beaux jours.

Ta surprise en voyant les troupeaux décorés de fleurs, de houx et de drapeaux, comme le veut la tradition de la transhumance.

J’entends encore ton rire durant nos courses folles dans ces drailles creusant leur sillon au milieu des plaines comme autant de chemins de vie, autant de routes possibles…

Je retrouve la crêperie, perdue au milieu de ce no man’s land, et ce canapé accueillant et chaud où nous nous réfugiions en fin d’après-midi, après la marche,  pour contempler le spectacle du feu dans la cheminée.

Je repense à la rencontre avec Michel Bras, cet artiste simple et humble qui met en cuisine sa terre.

Son regard concentré sur les moindres détails du tableau qui est en train de naitre sous ses pinceaux d’herbes et de fleurs.

La découverte du « gargouillou » et ce dessert rebaptisé par toi « gâteau de poussière»

Je repense à tout cela et je m’endors, apaisé, sur la terre de tes tout premiers pas, car je sais que j’y reviendrai avec toi.

Je sais aussi qu’il y a encore tant de choses à découvrir, tant de paysages, de montagnes, de mers, de rivières.

Je veux te donner le goût de la nature, l'envie d’apprendre d’elle, avec humilité.

T'inciter surtout à ne jamais être blasée.

Ce soir, je dînerai seul dans cette salle à manger au parquet chaleureux et aux poutres rassurantes.

Je commanderai un aligot, bien sûr !

J’échangerai ensuite quelques mots avec la patronne, avec des clients, touristes égarés ou pèlerins de passage en route vers St Jacques de Compostelle, puis j’irai dormir pour pouvoir, dès le lendemain, reprendre le cours normal de  ma vie.

Rassasié pour un temps.

Jusqu’au prochain appel de cette terre auquel je répondrai encore et toujours.

Fidèle au rendez vous.

Parce que c’est ton pays.

 

Alexandre LABORIE

Aubrac / Toulouse
 novembre  2011

 

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Mardi 25 octobre 2011 2 25 /10 /Oct /2011 21:40

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Dimanche 9 octobre 2011 7 09 /10 /Oct /2011 19:36
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Mardi 4 octobre 2011 2 04 /10 /Oct /2011 06:48

 

Je l’aimais, cette photo.

J’en étais fier.

Je voulais la montrer à tout le monde, la brandir, la publier.

Elle était comme une preuve.

La preuve que cet amour existait, respirait.

D’ailleurs, c’était très curieux,  le cliché n’avait pas figé ce souffle, on pouvait le percevoir dans chaque pixel.

C’était une photo vivante, une heureuse surprise.

L’image d’un rêve qui s’était fait chair.

C’est peut être pour cela que j’étais devant elle comme un enfant impressionné par l’histoire qu’on lui raconte.

Mais cette histoire était la nôtre et elle était vraie.

Nous étions couchés sur le sable de cette vaste plage.

Tu avais le bras tendu vers moi et ta main était cachée par la mienne qui la plaquait contre ma poitrine.

Je ne sais plus si j’avais pris ta main ou si c’est toi qui me l’avais donnée.

J’imagine un peu des deux !

Le soleil avait été bien généreux ce jour là et nous profitions de ses ultimes et fragiles rayons.

Un petit vent frais soufflait, mais le sable s’était réchauffé à notre présence et ta main alimentait mon cœur et tout mon corps d’une chaleur discrète, attentive.

Alors, j’ai fermé les yeux.
Et j’ai pensé que j’étais heureux.
Puis, le temps a passé, le travail a repris, les journées sans surprise, avec leurs gestes répétés, assimilés, accomplis à la perfection.
Mais tout était différent, grâce aux douces parenthèses, au milieu de la semaine, où nous nous retrouvions.
J’aimais arriver chez toi.
Prendre quelques secondes avant de sonner.
Le temps de sentir ta présence derrière la porte, de distinguer une musique, de t’imaginer dans ton appartement,  occupé à ranger quelques affaires dans le salon, à arroser tes plantes sur la terrasse, à prendre une douche.
J’avais un peu peur de venir perturber ce quotidien.
Parfois, la minuterie du couloir s’arrêtait et me plongeait dans le noir.
J’avais l’impression d’être sur scène avant que le rideau ne se lève et j’aimais ce mélange de trac et d’excitation.
Mais aucun rôle ici, pas de texte appris par cœur.
Juste un instinct, un désir.
La porte s’ouvrait.
Nous étions acteurs et spectateurs de nos retrouvailles.

J’aimais cette manière que nous avions de nous jauger, de nous regarder nous avancer l’un vers l’autre, sourire en coin, comme si nous voulions feindre un certain détachement devant nos sentiments.

Pourtant, nos yeux ne laissaient pas la moindre ambiguïté sur ce qui se jouait entre nous .

Tu étais surpris, un peu dépassé par ton désir et cela te rendait encore plus beau.

Souvent, je me mettais devant la fenêtre de la cuisine et je regardais la ville, les immeubles, les grues des chantiers, le petit jardin des deux voisins de la rue d’en face dont nous nous moquions parfois. 

J’aime la douceur de la ville en fin de journée.

Le bruit des voitures est toujours plus doux, le soir, lorsque les gens rentrent chez eux.

 J’observais le soleil qui s’en allait tandis que tu venais me surprendre en te serrant délicatement contre mon dos et en posant ta tête au creux de mon épaule.

Je respirais lentement cet instant-là.

Encore aujourd’hui, il m’arrive d’y reprendre mon souffle.

Car les moments de plénitude ne meurent pas.

Les êtres qui se séparent peuvent bien choisir l’indifférence, mais l’amour reçu et donné continue de vivre, dans un monde parallèle qui nous survit.

Je mesure ma chance d’avoir réalisé cela grâce à toi.

Voilà pourquoi j’avance, sans regret, sans nostalgie, avec une envie d’aimer plus forte encore.

Maintenant que je sais que c’est possible.

J’attends le moment où je pourrai de nouveau respirer des instants comme ceux-là et y être présent, pleinement.

Sans peur.

Etre  heureux.

Comme chez toi … Comme sur la photo…

 

Toulouse, septembre 2011

 

 

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Jeudi 22 septembre 2011 4 22 /09 /Sep /2011 22:38

"La Planète Blanche" , le conte musical que j'ai écrit, est à l'affiche du prestigieux festival d'Ambronay le dimanche 25 septembre 2011 à 15h.  (et en représentation scolaire le 26 septembre à 9h30 & 14h30)

 

Venez nombreux découvrir les aventures de Flora, mi-ange, mi-jeune fille interprétées par Anne-Laure Touya (soprano lyrique, jeu), Lucas Mazères-Leignel (vibraphone, accessoires, jeu) et Guillaume Itier (marimba, accessoires, jeu) sur une musique de Benoit Barrail.

 

Voici quelques liens utiles:

 

Site du festival:  link

 Page facebook du festival: link

Site de la Compagnie "Ecoutez-Voir" où vous trouverez des extraits audio et un large extrait vidéo du spectacle: link

Page facebook de la Compagnie "Ecoutez-Voir": link

 

 

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Samedi 6 août 2011 6 06 /08 /Août /2011 01:40

L’oubli était inévitable.

Dès le début, je le savais.

Ou plutôt la fin.

La fin de ce séjour Marocain.

J’avais gravé toutes les photos sur un CD que je n’ai jamais retrouvé.

Je ne dois donc compter que sur ma mémoire.

Mais celle-ci a du mal avec les paysages, elle préfère les odeurs et les corps.

Une silhouette dans le tableau et c’est l’assurance que mon cœur imprime mieux.

Ce matin, dans l’avion, j’ai rêvé que j’avais 90 ans, l’âge de mon grand-père et que je retrouvais le CD.

Et, à l’heure où j’écris ces lignes, un peu serré dans ce café de l’aéroport Schiphol d’Amsterdam où je ne fais que passer, j’observe derrière la vitre un large panneau d’affichage incitant les voyageurs à se rendre à Essaouira.

Je ne me souviens pas avoir écrit là bas.

Je pensai au conte musical « la planète blanche », j’écrivais dans ma tête les premières chansons.

Mais sur Essaouira, rien.

Et c’est aujourd’hui que l’envie me prend grâce à un rêve et une affiche.

Et grâce à toi aussi dont le sourire et l’accent m’ont ramenés à cette terre.

Je me concentre sur mon petit cahier noir et j’essaie de voler à l’oubli quelques images.

Et ce que je vois d’abord, ce sont des bateaux imposants,  sur le port où je venais tous les jours, le matin, très tôt.

Je pense que le temps qui a passé les a rendus plus grands qu’ils n’étaient.

De larges bateaux, forts et fragiles à la fois.

Des bateaux en bois.

Ils semblaient d’un autre temps.

Il faisait sombre entre eux et je paraissais tout petit.

Mais j’aimais l’effervescence tout autour.

Voir surgir un jeune pêcheur, souple, bondissant d’une petite barque pour atteindre le quai puis escaladant comme un félin le côté du bateau pour se retrouver juché sur la proue en quelques secondes.

Cette image me revient et je souris comme un enfant, fier de l’avoir sauvé en la notant sur mon carnet.

Mais très vite, j’abandonne cette recherche d’images disparues car c’est la tienne qui vient s’imposer.

Toi qui m’a accompagné dans la médina,  au souk Jdid, dans le slalom nonchalant et électriques de cette après-midi là, entre les pyramides colorés d’épices, les marchés de céréales, de poissons.

Tu te souviens ?

Nous avions remarqué que chaque rue avait un parfum d’épice différent : curcuma, ras el hanout, cannelle, paprika.

Et le vieil homme que nous avions rencontré dans ce tout petit magasin à l’écart de l’agitation touristique ?

Les murs de sa boutique étaient couverts d’étagères sur lesquelles  se trouvaient des centaines de bocaux remplis d’herbes et de plantes dont il nous vantait les bienfaits pour la santé.

Je crois me souvenir de la fleur d’hibiscus, faudra que je vérifie.

En fin d’après midi, nous étions allés nous promener sur les remparts.

Les alizés venaient caresser les pierres ocres et rouges et lançaient sur nos visages quelques éclats d’océan qui se mêlaient à notre sueur.

Fiers sous le vent, nous avons longés les quelques canons dirigés vers l’horizon.

Arrivés à un des angles de la forteresse, juste au dessus de la falaise, tu as voulu que nous nous asseyions

Comme cette sqala qui entoure et protège la ville, tu as mis ton bras autour de mes épaules.

C’était l’heure bleue…

Ta peau, lorsque tu m’as embrassé, avait l’odeur raffinée et obsédante du bois de thuya que l’on sculpte dans cette région.

Cette odeur se mélangeait à l’ambre qui parfumait ton tee-shirt.

La nuit s’est installée doucement.

Derrière nous, sur le grand mur en pierre, quelques fenêtres étaient ouvertes.

Nous distinguions des ombres, entendions des rires étouffés.

Le temps semblait séduit par la douceur qui se répandait dans chaque rue.

Il lui donnait sa chance, s’arrêtait un peu pour elle.

De l’une des fenêtres, une musique s’est soudain échappée.

Tu m’as dit que tu trouvais cela très beau.

C’était du saxophone, un tempo très lent.

Sidney Bechet, interprétant « what is this thing called love ? »

Cela, comment pourrais-je l’oublier?

 

Alexandre LABORIE

Août 2011

Par laborie.fragments
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