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Fragments - Alexandre LABORIE

Fragments (extrait n°4)

3 Mai 2017, 17:18pm

Publié par laborie.fragments

Le livre n’a pas bougé depuis de longues années.

Je l’ai toujours vu sur la petite étagère de la maison océan que je loue chaque été.

Je l’ai souvent regardé, envisagé, mais jamais je ne m’en suis saisi pour le lire.

Jusqu’à ce jour de juillet où, en toute fin d’après midi, j’ai eu envie de le glisser dans mon sac à dos avant de partir pour la plage.

Assis sur le sable, je l’ai ouvert délicatement et je l’ai respiré.

Il avait une odeur de grenier, de vieux tapis poussiéreux surpris par un rayon de soleil.

Tenant fermement le dos du livre, j’ai fait défiler les pages à toute allure et respiré cette odeur du temps figé.

Puis j’ai commencé ma lecture, lentement.

Page après page, j’avais le sentiment de faire entrer l’océan entre chaque ligne, d’offrir à chaque mot, une bouffée d’iode et d’horizon.

Le livre respirait de nouveau, il était comme un cœur battant entre mes mains.

Je prenais mon temps, relisais certains paragraphes.

Au cours de ma lecture, je me suis demandé qui avait lu ce livre avant moi, quel regard s’était posé sur ces pages, quel cœur avait été sensible à l’histoire qui y était racontée.

J’étais convaincu que le livre était aussi porteur de l’histoire des précédents lecteurs et, presque intimidé, je me disais que je m’inscrivais dans cette chaîne humaine.

J’ai refermé le livre, tard dans la nuit.

Je l’ai respiré une dernière fois.

Puis, délicatement, je l’ai remis à sa place, dans l’étagère.

(A suivre...)

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Un si beau voyage

17 Mars 2017, 18:16pm

Publié par laborie.fragments

Fier que ma nouvelle intitulée "Monsieur G" fasse partie de ce beau voyage collectif.

Un si beau voyage

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Fragments (extrait n°3)

10 Février 2017, 20:06pm

Publié par laborie.fragments

Laisse toi faire par le désir.

De toute façon rien ne l’arrêtera.

Et si tu réfléchis, à quoi bon ?

Vivre est la seule chose à faire, crois moi.

Sous la pluie, j’ai marché hier soir, au début surpris et gêné, puis peu à peu, j’étais la pluie,

Je tombais moi aussi, de tout ce que j’imaginais, de tout ce que je rêvais.

Je tombais d’un haut encore plus bas, dans cette réalité qui me crachait sa salive prétentieuse.

Je l’essuyais de ma main, mais elle s’accrochait, la garce.

Alors, je l'ai laissée et elle s’est mêlée à la pluie, à mes pleurs et je ne lui demandais rien.

Nous sommes seuls.

Si tu comprends cela alors tu pourras sentir l’autre, éprouver son absence et son importance.

Si je te dis cela, c’est pour te faire gagner du temps.

Il y a des illusions qu’il ne faut pas cultiver.

Je marchais, donc, et l’envie d’écrire me guidait.

Rien ne pouvait m’arrêter.

Je me fais peur avec l’écriture, comme s’il fallait à chaque fois retrouver le goût de son désir, le désir de la libération à venir.

Je marchais lentement au milieu des ombres pressées, de toutes ces silhouettes dont les visages déformés disaient une peur que j’apprenais à combattre.

Je voyais leur regard incrédule.

J’allais lentement, et je me souviens m’être senti bien, à ma place.

***

Il y a des cendres dans l’atmosphère rugueuse de la ville.

Des particules que je ne peux identifier.

Cela brille un peu.

La nuit a été courte, nous avons joué de la guitare et bu.

David est resté dormir.

Il est près de midi et la ville n’a rien changée à ses habitudes.

De ma fenêtre, je contemple les entrelacs de route, de bitume et les chandelles de voitures posées dessus.

Je suis comme un nageur qui va devoir accélérer pour rattraper ses concurrents.

Plonger, rejoindre le cours du temps qui n’a ni retard ni avance.

David est reparti plus tôt, il a collé un petit mot sur la porte d’entrée : « je laisse la guitare, à ce soir ».

Ces cendres m’inquiètent mais je suis peut être le seul.

En bas, les passants n’ont pas l’air d’y prêter attention.

Je tends ma main pour les attraper mais c’est comme si elles m’évitaient, aucune ne se dépose sur mes doigts.

Je ne comprends plus le monde, il avance sans moi ou j’ai oublié de le suivre.

Je ne sais pas si je dois continuer à m’inquiéter ou bien tout compte fait, me réjouir.

Un avion décolle au loin, je me dis que j’assiste à ce départ là, que je suis à l’heure pour cela, que nous sommes toujours en retard pour certaines choses et à l’heure pour d’autres.

Je décide d’observer l’avion jusqu’à ce qu’il disparaisse de mon champ de vision.

J’allume une autre cigarette.

***

 

J’ai vu des cieux magnifiques, avec, à mes côtés, des gens que j’aimais.

Que demander de plus ?

(A suivre...)

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