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Fragments - Alexandre LABORIE

Fragments (extrait n°6)

18 Juillet 2017, 21:02pm

Publié par laborie.fragments

Il y a quelque chose qui s’invente.

Une indolence, une exigence.

Une recherche de ce qui élève l’âme.

Il y a des rues vivantes de musiques, de conversations.

Le temps semble apprivoisé.

Sous leurs costumes, les comédiens ont chaud mais ils gardent toujours un sourire à offrir aux passants.

Ici, on fait appel à la meilleure part des hommes.

A la curiosité, au désir de beauté.

Il y a du désir partout, ici.

Je le vois sur les visages.

C’est lui qui donne à cette jeune fille l’énergie, chaque soir, de jouer devant des salles pas toujours pleines.

Une rage d’aimer, de partager, d’y croire, de vivre.

Il y a des coups de cœur qui passent de bouches en oreilles.

Le feu qui tombe du ciel n’entame pas l’enthousiasme.

Parfois, au détour d’une rue, l’on tombe sur une petite place ombragée, véritable îlot de fraîcheur et de paix.

Un joueur de Hang envoie dans l’atmosphère des vibrations qui vous saisissent.

J’ai vu un homme pressé, s’arrêter et s’asseoir sur un banc de pierre, le visage soudain apaisé.

Un autre homme accompagnait le joueur de Hang, mais celui-ci disait des poésies.

J’ai vu ainsi les mots envahir les murs de pierre, comme des herbes en terrain conquis.

La poésie sur les murs, la poésie contre tous les murs.

Ici, il y a toujours un spectacle pour vous expliquer, pour mettre en scène ou vous faire oublier votre peur.

A Avignon, chaque été, des hommes mettent des mots sur le monde comme des pansements sur des plaies.

Les sourires sont beaux, chaque été, à Avignon.

Les hommes sont beaux quand ils inventent un monde, quand ils réalisent que leur utopie devient possible.

 

(A suivre...)

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Fragments (extrait n°5)

14 Juillet 2017, 21:24pm

Publié par laborie.fragments

Il y a des cendres dans l’atmosphère rugueuse de la ville.

Des particules que je ne peux identifier.

Cela brille un peu.

La nuit a été courte, nous avons joué de la guitare et bu.

David est resté dormir.

Il est près de midi et la ville n’a rien changée à ses habitudes.

De ma fenêtre, je contemple les entrelacs de route, de bitume et les chandelles de voitures posées dessus.

Je suis comme un nageur qui va devoir accélérer pour rattraper ses concurrents.

Plonger, rejoindre le cours du temps qui n’a ni retard ni avance.

David est reparti plus tôt, il a collé un petit mot sur la porte d’entrée : « je te laisse la guitare, à ce soir ».

Ces cendres m’inquiètent mais je suis peut être le seul.

En bas, les passants n’ont pas l’air d’y prêter attention.

Je tends ma main pour les attraper mais c’est comme si elles m’évitaient, aucune ne se dépose sur mes doigts.

Je ne comprends plus le monde, il avance sans moi ou j’ai oublié de le suivre.

Je ne sais pas si je dois continuer à m’inquiéter ou bien tout compte fait, me réjouir.

Un avion décolle au loin, je me dis que j’assiste à ce départ là, que je suis à l’heure pour cela, que nous sommes toujours en retard pour certaines choses et à l’heure pour d’autres.

Je décide d’observer l’avion jusqu’à ce qu’il disparaisse de mon champ de vision.

J’allume une autre cigarette.

 

 

(A suivre...)

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Fragments (extrait n°4)

3 Mai 2017, 17:18pm

Publié par laborie.fragments

Le livre n’a pas bougé depuis de longues années.

Je l’ai toujours vu sur la petite étagère de la maison océan que je loue chaque été.

Je l’ai souvent regardé, envisagé, mais jamais je ne m’en suis saisi pour le lire.

Jusqu’à ce jour de juillet où, en toute fin d’après midi, j’ai eu envie de le glisser dans mon sac à dos avant de partir pour la plage.

Assis sur le sable, je l’ai ouvert délicatement et je l’ai respiré.

Il avait une odeur de grenier, de vieux tapis poussiéreux surpris par un rayon de soleil.

Tenant fermement le dos du livre, j’ai fait défiler les pages à toute allure et respiré cette odeur du temps figé.

Puis j’ai commencé ma lecture, lentement.

Page après page, j’avais le sentiment de faire entrer l’océan entre chaque ligne, d’offrir à chaque mot, une bouffée d’iode et d’horizon.

Le livre respirait de nouveau, il était comme un cœur battant entre mes mains.

Je prenais mon temps, relisais certains paragraphes.

Au cours de ma lecture, je me suis demandé qui avait lu ce livre avant moi, quel regard s’était posé sur ces pages, quel cœur avait été sensible à l’histoire qui y était racontée.

J’étais convaincu que le livre était aussi porteur de l’histoire des précédents lecteurs et, presque intimidé, je me disais que je m’inscrivais dans cette chaîne humaine.

J’ai refermé le livre, tard dans la nuit.

Je l’ai respiré une dernière fois.

Puis, délicatement, je l’ai remis à sa place, dans l’étagère.

(A suivre...)

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